POLITIQUE
Publié le 02/11/2007 à 12:00 par ecoville
AFP/PATRICK KOVARIK
"De nouveaux champs de recherche sont ouverts, souligne Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Mobiliser la communauté scientifique : ce n'est qu'ainsi, selon Bernard Delay, directeur du département Environnement et développement durable du CNRS, que le Grenelle de l'environnement pourra tenir ses promesses. "Il faut maintenant lancer un grand plan de recherche, dit-il. Pour avancer, nous devons faire sauter des verrous, parfois technologiques et parfois fondamentaux. Dans tous les domaines, nous butons sur des problèmes de connaissance."
Le CNRS sur tous les fronts du développement durable
Multidisciplinaire, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) est engagé dans un grand nombre de programmes liés à l'environnement. L'organisme, dont plusieurs chercheurs sont membres du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), s'est récemment doté d'un "Groupe de disciplines sciences de l'environnement", sorte d'agence d'objectifs et de moyens fédérant toutes les équipes concernées par les thématiques du développement durable. Soit 169 unités de recherche, propres ou cogérées avec des universités ou d'autres organismes, regroupant plus de 10 000 personnes - chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens et doctorants.
Le CNRS participe notamment à des programmes sur le changement climatique (modélisation, histoire, impact social et économique), l'énergie (gestion du carbone, hydrogène, solaire, agrocarburants), la ville et le bâtiment, la biodiversité, l'eau (ressources et risques), la chimie "verte" ou la santé (pollution, nanoparticules et maladies infectieuses émergentes).
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Exemple : la décision de réduire de moitié l'usage des pesticides. Cet objectif suppose de les remplacer par des agents biologiques. Or, observe Bernard Delay, "la lutte biologique s'inscrit dans le fonctionnement extrêmement complexe des écosystèmes, sur lequel on sait encore très peu de choses".
Autre illustration : l'exigence que, à partir de 2020, tous les bâtiments neufs soient à énergie positive. "De gros progrès ont déjà été faits, mais nous manquons encore énormément de données sur les matériaux, le solaire photovoltaïque ou l'hydrogène", constate le chercheur.
Sur tous les chapitres, l'habitat comme les transports, l'énergie comme la santé, l'agriculture comme la "gouvernance écologique", le Grenelle de l'environnement place les sciences en première ligne. Nicolas Sarkozy l'a souligné : "Nous allons réussir par l'investissement. D'abord l'investissement dans la recherche, dans les progrès technologiques."
L'état des forces de la recherche française est difficilement quantifiable, tous les grands organismes étant peu ou prou concernés et de multiples disciplines impliquées, de la physique théorique aux sciences humaines en passant par la chimie ou les sciences des matériaux.
Le ministère évalue à cinq mille (en "équivalent temps plein") le nombre des chercheurs d'établissements publics travaillant sur des thématiques environnementales, et à 1,7 milliard d'euros l'effort public annuel dans ce secteur. "Dans beaucoup de domaines, comme la climatologie, la France a de très bonnes compétences. Mais nous manquons de moyens", déplore Bernard Delay.
FINANCEMENT SUR PROJET
Marion Guillou, présidente-directrice générale de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui a elle-même participé aux travaux du Grenelle, "espère" également que les moyens suivront les annonces gouvernementales.
Son établissement a pris les devants, en engageant des programmes de recherche sur les "productions intégrées", prenant en compte aussi bien la génétique (sélection des variétés végétales et des espèces animales) que les modes de culture, la lutte contre les parasites (par des moyens non chimiques) et l'économie de l'exploitation.
Ses recommandations ont ainsi permis de diviser par deux le nombre de traitements (engrais et pesticides) pour les productions fruitières de pêches et de pommes, à rendement et qualité égaux. L'INRA souhaite lancer des programmes similaires pour les grandes cultures (maïs, blé, colza) et la viticulture.
Autre axe de travail : l'adaptation au changement climatique des cultures (blé plus résistant au stress hydrique, maïs plus précoce pour réduire la consommation d'eau en période estivale) et de l'élevage (modification de races, notamment de porcs et de volailles, dont la canicule de 2003 a montré la fragilité).
L'accompagnement budgétaire des décisions du Grenelle reste à préciser. "Nous allons engager 1 milliard d'euros sur quatre ans pour les énergies et les moteurs du futur, la biodiversité, la santé environnementale", a annoncé Nicolas Sarkozy. Le président de la République a aussi promis que, "là où nous dépensons 1 euro pour la recherche nucléaire, nous dépenserons le même euro pour la recherche sur les technologies propres et sur la prévention des atteintes à l'environnement".
L'un des instruments de cette politique sera le financement sur projet de l'Agence nationale de la recherche (ANR). Les thématiques environnementales, créditées de quelque 200 millions d'euros en 2007, bénéficieront de 34 millions d'euros supplémentaires en 2008, indique la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse : 17 millions d'euros iront aux études sur les écosystèmes et le développement durable, 6 millions à la prévention des risques naturels et 9 millions à l'adaptation au changement climatique.
"Le Grenelle de l'environnement a fait apparaître la demande de la société vis-à-vis de la science, qui doit répondre aux grands défis du XXIe siècle", se félicite Mme Pécresse. "De nouveaux champs de recherche sont ouverts", souligne-t-elle, qu'il s'agisse de la mise en place d'observatoires régionaux de la biodiversité, de l'analyse de l'impact des activités humaines sur la santé ou de la réorientation des choix énergétiques avec "une nouvelle feuille de route fixant trois priorités : le captage et le stockage du CO2, les biocarburants de deuxième génération et les énergies renouvelables".
Sur tous ces sujets se pose la question de "l'expertise" scientifique, ajoute la ministre, qui estime nécessaire de mettre en place "une charte et un statut de l'expert".
Pierre Le Hir
Publié le 01/11/2007 à 12:00 par ecoville
AFP/MYCHELE DANIAU
Un panneau géant "Stop EPR" accroché aux grilles de la préfecture de Saint-Lô (Manche), en 2006.
En conclusion du Grenelle de l'environnement, le président Nicolas Sarkozy a souligné que pour lutter contre le réchauffement climatique, la France doit opter pour l'énergie nucléaire, sinon elle devra ''renoncer à la croissance''. Réfutez-vous cette alternative ?
Si le nucléaire permettait vraiment de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de suppléer au pétrole, il serait peut-être légitime de discuter de cette option. Mais selon l'Agence mondiale de l'énergie (AIE), le nucléaire ne couvre que 6 % de la demande mondiale d'énergie, une part si faible que son impact sur le climat est quasi nul. De plus, contrairement à ce qui nous est souvent dit, cette part va encore se réduire dans les années à venir : l'AIE reconnaît que la part du nucléaire dans l'électricité mondiale va passer de 17 % à 12 % en 2030, c'est-à-dire environ 5 % de la consommation mondiale d'énergie. Tant qu'on croit que le nucléaire va empêcher, même partiellement, le réchauffement climatique, ce dernier aura de beaux jours devant lui.
Les ONG écologistes qui ont participé au Grenelle de l'environnement ont très vite accepté que l'avenir du nucléaire civil français reste en dehors du débat. Comment jugez-vous cette acceptation ?
Ces associations ont certainement estimé qu'elles pourraient se rattraper sur d'autres thèmes (biodiversité, transports, etc). Ce qu'elles n'ont pas compris, c'est qu'en se pliant au "préalable pronucléaire", imposé par M. Sarkozy, y compris son incroyable accord nucléaire avec le dictateur libyen Kadhafi, elles sont allées à la négociation déjà vaincues, soumises. Logiquement, elles ont été balayées sur l'ensemble des dossiers. En effet, contrairement à tout ce qui nous a été affirmé par la puissante communication élyséenne, le Grenelle est une défaite majeure pour l'écologie :
- réduction des pesticides... "si possible"
- moratoire autoroutier sauf contournements d'agglomérations ou "points noirs", autant dire que la plupart des projets actuels seront validés
- OGM : un gel... pendant l'hiver
- moratoire sur les incinérateurs : sauf en "dernier recours"... ce qui ne manquera pas de se produire
Le sommet a été atteint avec le nucléaire : M. Sarkozy a abusé l'opinion en annonçant qu'il n'y aurait pas de "nouveaux sites". Or, les projets de nouveaux réacteurs sont tous prévus dans des sites déjà existants ! Dans un pays où il y a 58 réacteurs en service (plus une douzaine déjà arrêtés, qui restent à démanteler), des projets à foison (EPR, ITER, etc.), des sites nucléaires gigantesques (La Hague, Tricastin, Cadarache, Marcoule, Bure, etc.), l'attitude des associations "compatibles Grenelle", qui ont baissé pavillon sur ce sujet, est tout simplement indigne.
L'écologie politique s'était jusqu'ici plus concentrée sur la lutte contre le nucléaire, la sortie du pétrole venant bien après. C'est en train de changer, semble-t-il...
C'est en train de changer dans le discours du pouvoir et celui des éditorialistes. Ce sont eux qui ont "décrété" que, subitement, le nucléaire n'était plus un problème, et même que c'était une "solution", et ce discours s'est imposé en continu. A force de répéter des choses parfaitement fausses, elle ont fini par devenir "vraies". En réalité, jamais la facture énergétique de la France n'a été aussi élevée. Et encore, il faut y ajouter la facture nucléaire (démantèlement, déchets) qui s'annonce astronomique. Entre 2003 et 2005, c'est l'Allemagne qui est exportatrice nette d'électricité vers la France, elle ne sort donc pas du nucléaire "en important l'électricité nucléaire française". Tout est à l'avenant : le nucléaire ne subsiste que grâce à des mensonges d'Etat entretenus par la publicité ou les discours du personnel politique.
Du Maroc à l'Iran en passant par l'Egypte, beaucoup de pays en développement souhaitent faire appel au nucléaire. Ont-ils un autre choix, compte tenu du coût de développement des énergies renouvelables ?
Il faut bien comprendre que, même si ces pays développent – hélas – des programmes nucléaires, cela ne couvrira qu'une part infime de leur consommation énergétique. Même la Chine, qui annonce 40 nouveaux réacteurs, espère seulement couvrir ainsi 4 % de son électricité, soit 0,7 % de sa consommation d'énergie. Dans ces dossiers, le nucléaire n'est en rien un outil d'indépendance énergétique : ce qui est en jeu, c'est soit une forme de "fierté" mal placée (du genre "Nous aussi, nous avons du nucléaire"), soit des considérations géopolitiques (ce sont les Etats-Unis qui poussent l'Egypte à relancer son programme nucléaire, pour contrecarrer la montée en puissance d'autres pays). Mais, dans tous les cas, il faut bien noter que ce ne sont jamais les peuples mais les dirigeants – souvent des autocrates – qui veulent du nucléaire.
Les antinucléaires sont souvent accusés de faire le jeu des pétroliers. Que répondez-vous ?
Il se trouve que nous dénonçons autant les uns que les autres car, contrairement à une idée reçue, ils ne sont pas concurrents mais ont des intérêts identiques : faire en sorte que nous consommions toujours plus d'énergie, litres de pétrole ou kilowattheures d'électricité. Leur seule crainte est la mise en place d'une société sobre qui développerait les économies d'énergie et les énergies renouvelables... et sabrerait leurs profits. D'ailleurs, en France, Total et Areva sont actionnaires croisés. Aux Etats-Unis, le plan énergétique de Bush impose de nouveaux forages pétroliers et de nouveaux réacteurs nucléaires. Autre exemple, c'est l'industrie nucléaire qui offre l'énergie nécessaire à l'extraction du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta (Canada).
Propos recueillis par Matthieu Auzanneau
Publié le 31/10/2007 à 12:00 par ecoville
ENRIQUE ALGARRA/GAMMA
La construction d'une usine de pâte à papier va débuter dans le nord de la Tasmanie, soulevant une véritable polémique.
La construction de la plus grosse usine de pâte à papier d'Australie, dans le nord de la Tasmanie, va pouvoir débuter, après le feu vert donné, début octobre, par le ministère fédéral de l'environnement. C'est une victoire pour Gunns Ltd, l'un des plus gros exploitants forestiers de l'hémisphère Sud, à l'origine du projet, et pour le gouvernement travailliste de l'Etat de Tasmanie.
Le projet a relancé le débat sur l'exploitation des forêts tasmaniennes. Et la polémique, qui mobilise écologistes et personnalités de tous bords, a pris une dimension nationale. Le ministre de l'environnement, Malcolm Turnbull, risque même d'en faire les frais dans sa région de Sydney, à l'occasion des élections fédérales prévues le 24 novembre.
En Tasmanie, île de 476 000 habitants située au sud de l'Australie, la déforestation est un enjeu majeur. Selon l'organisation écologiste WWF, l'équivalent de 44 terrains de football serait rasé chaque jour par des bombes au napalm, pour être ensuite replantés en espèces exotiques.
La future usine de pâte à papier consommera 4 millions de tonnes de bois par an. La compagnie Gunns achètera notamment chaque année à Forestry Tasmania, le département responsable des forêts de Tasmanie, un million et demi de tonnes de bois, soit la moitié des ressources disponibles dans les forêts de l'Etat.
Les craintes des opposants au projet ne s'arrêtent pas à la déforestation. La vallée de la Tamar, où l'usine doit être construite, est une zone viticole importante, visitée par 150 000 touristes chaque année. "Nos trois principales peurs sont l'odeur, les émissions de dichlorophénol pouvant affecter le vin et le passage continu des camions à proximité de la route des vignobles", explique Allison Williams, de Wine Industry Tasmania, l'association des viticulteurs tasmaniens.
UN ACCORD À 48 CONDITIONS
Les pêcheurs de la région sont également inquiets. L'usine doit en effet reverser 64 000 tonnes d'effluent par jour dans le détroit de Bass. "On ne pourra plus se permettre de pêcher dans cette zone, on ne peut prendre aucun risque pour le consommateur en cas de pollution", commente John Hammond, représentant des pêcheurs de coquilles Saint-Jacques de Tasmanie.
A terme, c'est l'image de marque "nature" de la Tasmanie qui pourrait pâtir du projet. Sur son site Web, Gunns affirme pourtant que la future usine sera "la plus propre du monde". Un système de blanchiment sans chlore sera mis en place, ainsi qu'un traitement de l'effluent à deux niveaux. Et le gouvernement fédéral a soumis son accord à 48 conditions.
La construction de l'usine coûtera 1,1 milliard d'euros, mais à terme, selon le gouvernement tasmanien, son implantation devrait rapporter 4,3 milliards d'euros de retombées à l'Etat le plus pauvre d'Australie.
Marie-Morgane Le Moël
Publié le 31/10/2007 à 12:00 par ecoville
L’étiquetage responsable
La tribune d'Elodie Jaussaud consultante chez BIO Intelligence Service
Grâce à un étiquetage qui apparaîtra dans les magasins courant 2008, une enseigne de la grande distribution (Casino) informe ses consommateurs sur l’impact environnemental de ses produits. Ainsi, les consommateurs pourront faire leurs achats en toute connaissance de cause : l’impact environnemental du produit sera un critère de choix au même titre que le prix ou les informations concernant la qualité nutritionnelle.
Cet étiquetage a été conçu dans une logique d’“analyse de cycle de vie”. Ces analyses permettent d’évaluer les impacts d’un produit sur l’environnement à toutes les étapes de sa vie – extraction des matières premières, fabrication, utilisation et déchet – une sorte de comptabilité environnementale du “berceau à la tombe”.
L’analyse est ciblée sur les impacts des transports, des emballages et des déchets d’emballage. Les consommateurs connaîtront prochainement le nombre de kilomètres parcourus par le produit et ses ingrédients depuis le champ jusqu’au magasin, la quantité de CO2 émise pour la fabrication de l’emballage, ainsi que la part de l’emballage qui est recyclable, en comparaison avec ce qui est recyclé actuellement. Un code couleur indiquera au consommateur quel est l’impact environnemental du produit : du vert pour les produits à l’impact le plus faible au rouge pour les produits ayant l’impact le plus élevé.
Ces indicateurs sont calculés à partir de données fournies par les fournisseurs qui fabriquent les produits et par leurs fournisseurs respectifs (poids de l’emballage, type de matériaux, chaîne logistique suivie par les ingrédients et le produit fini…). Pour traduire ces informations en impacts environnementaux, on utilise des bases de données d’analyse de cycle de vie. Ces bases de données permettent, par exemple, de savoir quelle quantité de CO2 est émise en moyenne pour la fabrication d’un kilogramme de film plastique, ou que le transport en bateau émet environ seize fois moins de CO2 que le transport en camion.
Bien sûr, pour que cet étiquetage soit représentatif de l’empreinte environnementale complète du produit, les impacts des étapes de fabrication et des étapes agricoles devront être pris en compte… Le travail à fournir pour collecter et traiter toutes ces données est colossal… à suivre !
Bio Intelligence Service est une entreprise de conseil environnemental.
Publié le 28/10/2007 à 12:00 par ecoville
«Ça fait un peu mal.» Yann Wehrling, le porte-parole des Verts, le reconnaît: il a «pris en pleine poire» le fait d’entendre un président de droite «prononcer des choses en matière environnementale qu’on avait jamais entendues à gauche». Car le discours de Nicolas Sarkozy jeudi a été, selon lui, «fort et positif». «Sincères ou pas, ce sont des paroles d’un homme qui a compris.» Compris aussi comment couper l’herbe sous les pieds des écologistes à quelques mois des élections municipales?
«Non, répond à 20minutes.fr, Noël Mamère. Nicolas Sarkozy n’a rien fait d’autre que d’organiser ce qui se fait tous les jours dans certains pays comme le Danemark ou les Pays-Bas.» D’ailleurs, pour le député de Gironde, le Grenelle de l’environnement est avant tout «un catalogue de promesses» et les «sujets qui fâchent, comme les pesticides, ont été repoussés aux calanques grecques». Lui «ne se laissera pas berner comme beaucoup d’associations et d’ONG».
«Notre rôle est maintenant d’éveiller la sagacité politique des citoyens sur la mise en œuvre de ces promesses.» Les Verts n’ont donc pas été doublés par le président de la République, jure-t-il. La question même l’énerve: «Après nous avoir pris pendant vingt ans pour des gens catastrophistes, on nous prend maintenant pour des gens dépassés!» «Nous n’avons plus à nous battre effectivement pour nos idées puisqu’elles se sont imposées dans la société. La question désormais est de savoir comment les porter politiquement», analyse-t-il.
«Pas de politiques écologistes sans les écologistes»
Saine interrogation, poursuit Jean-Luc Benhamias, ancien directeur de campagne de Noël Mamère lors de la présidentielle de 2002, désormais inscrit au MoDem de François Bayrou. «Les Verts garderont une marge de manœuvre s’ils comprennent que, lorsque les choses avancent, il faut avancer avec», estime-t-il. Son conseil à ses anciens amis: aller encore plus loin dans les projets et ne pas faire d’opposition de principe car «il n’existera pas de politiques écologistes sans les écologistes». «On a besoin d’une Lepage, d’un Benhamias et de quelques Verts pour continuer à avancer», lance-t-il, optimiste sur son avenir.
Un avis que partage entièrement Corinne Lepage, dirigeante de Cap 21 et qui vient d’accepter une mission technique que lui a proposée le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo. Selon elle, le discours de Nicolas Sarkozy renouvelle la raison d’être de l’écologie politique. «Maintenant que la prise de conscience sur le réchauffement climatique est acquise, dit-elle, il faut travailler à des extensions du combat écologique, notamment sur la santé publique.»
«Les lobbies ne vont pas rester aux vestiaires»
Et puis, la mise en œuvre du Grenelle est, selon elle, loin d’être assurée. «Les lobbies ne vont pas rester aux vestiaires et la révolution culturelle dans les troupes UMP reste à faire.» «Il va donc falloir rester vigilant», conclut-elle.
«Lorsque la marée des députés UMP va vouloir défaire les mesures du Grenelle, vous allez voir à quoi ça sert d’avoir quatre Verts à l’Assemblée nationale», approuve Yann Wehrling. Qui reconnaît qu’il va désormais falloir s’ouvrir à l’ensemble des écologistes. «Je me vois très bien travailler main dans la main avec Nicolas Hulot et Corinne Lepage.» «L’écologie n’est plus à la marge mais va structurer le champ politique au même titre que le social et l’économique», prédit celui qui se met à rêver «d’un grand parti unifié autour des principes de la conférence de Rio».
«Lorsqu’une idée grandit, ceux qui la portent comme un fil directeur à leur engagement politique, prennent du poids», se réjouit-il. Un drôle de régime commence pour les Verts jusqu’aux municipales.
Patrick Kvarik AFP ¦ Alain Bougrain-Dubourg, Nicolas Hulot Sebastien Genest et Nadir Saifi lors du Grenelle de l'Environnement le 24 octobre 2007 à Paris
Alexandre Sulzer
Publié le 26/10/2007 à 12:00 par ecoville
Publié le 26/10/2007 à 12:00 par ecoville
Olivier Laban-Mattei AFP ¦ Barroso, Al Gore, Hulot, Borloo, Sarkozy et l'avocate kenyane Wangari Maathai le 25 novembre 2007 au Grenelle de l'environnement à Paris
Pour le citoyen, difficile de se retrouver dans la jungle des décisions qui ont été prises durant ces deux derniers jours lors du Grenelle de l’environnement. Compte tenu de l’ampleur des enjeux, qui concernent tous les domaines de notre vie quotidienne, on imaginera sans mal que la révolution verte annoncée ne se fera pas du jour au lendemain.
Parce qu’il s’agit d’une mécanique complexe, notamment sur le plan fiscal, et parce que nombre de décisions (notamment la taxe carbone) ne peuvent être prises sans concertation avec le reste de l’Europe.
Nombre de sujets continuent d’ailleurs à être étudiés et nous en saurons plus à la mi-décembre, quand les commissions créées auront avancé. Globalement, le consommateur devrait à terme avoir tout à gagner s’il privilégie les produits et services respectueux de l’environnement. L’Etat ne souhaite pas, en effet, amputer le pouvoir d’achat des consommateurs. Reste à savoir quelles décisions prendra le Parlement dans les mois à venir et comment seront financées ces transformations pharaoniques…
Quelles taxes ?
• Une taxe écologique (l’écopastille) probablement annuelle sur les véhicules neufs les plus polluants vise à financer une prime à la casse pour inciter à l’achat d’un véhicule propre. Mais on ne connaît pas encore vraiment ses modalités (montant, seuils de pollution ?).
• La création d’une contribution climat-énergie (= taxe carbone, sorte d’impôt sur les énergies fossiles comme le fuel, l’essence, le charbon, responsables du réchauffement climatique…) reste à l’étude (par exemple, 1 centime sur le litre de carburant). Elle serait compensée par un allègement des cotisations (des employeurs et des salariés) et ce dans le cadre d’une remise à plat de la fiscalité en France prévue au printemps prochain. L’objectif est de nous pousser à ne plus avoir recours à ces énergies émettrices de CO2 en augmentant leur prix progressivement.
• Une TVA à taux réduit sera créée sur tous les produits écologiques qui respectent le climat et la biodiversité.
• La possibilité de taxer les produits issus de pays ne respectant pas le protocole de Kyoto va être étudiée au niveau européen, dans les six mois.
• Pas de chance pour les routiers : ils devront dès 2010 payer une écoredevance kilométrique en dehors des autoroutes.
Alimentation
• OGM: la culture commerciale du maïs génétiquement modifié (le fameux Mon 810 de Monsanto, cultivé en France sur 20 000 ha) est suspendue en attendant une expertise plus poussée et une loi enfin claire sur cette question, prévue en janvier.
• Les cultures bio vont être multipliées par trois d’ici à 2012 et par 10 d’ici à 2020 (soit 20 % des surfaces cultivées au final) et la restauration collective devra proposer un repas bio par semaine.
Mais avec quels moyens ? On peut espérer que l’augmentation de la production s’accompagne d’une baisse des prix…
• L’agriculture conventionnelle devra avoir moins recours aux pesticides (moitié moins si possible dans les dix ans à venir), mais encore faut-il qu’elle trouve des alternatives à ces traitements sans plomber sa productivité…
Bâtiment
Du gros œuvre en perspective ! Environ 30 millions de logements anciens vont être rénovés (soit 400.000 par an) selon de nouvelles normes (interdiction du simple vitrage en 2010, meilleure isolation, mise en place de panneaux solaires…), avec priorité sur 800.000 logements sociaux, ce qui devrait créer au moins 100.000 emplois dans ce secteur.
L’objectif est ambitieux : en 2020 (voire 2012 pour le neuf en basse consommation), tous les bâtiments devront produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment (énergie positive) ou, du moins, ne pas en consommer (énergie passive). Ce qui revient à supprimer la facture énergétique du foyer !
Pour financer ces travaux, des crédits d’impôts et des prêts spéciaux sont envisagés (prêt à taux 0 vert ?), qui sont censés coûter moins cher aux propriétaires que les économies d’énergie réalisées au final.
Encore faut-il avoir les moyens d’investir au départ (on estime le coût par foyer de cette rénovation thermique entre 15.000 et 20.000 euros par foyer). Cela augmenterait de 1 % le prix à l’achat. Mais quid de la répercussion des gains sur les locataires ? Quant aux artisans, ils vont devoir être formés à ces nouvelles techniques. Il y a du boulot !
Transport
• Les grandes agglomérations de province vont être désengorgées par l’amélioration des transports publics et de leurs correspondances (1.500 km de lignes de tramway ou de bus protégées en plus sur dix ans).
• 2.000 lignes à grande vitesse en plus d’ici à 2020.
• Les vols intérieurs seront taxés s’il existe une alternative en TGV.
• Possibilité pour les villes de créer des péages urbains, de faire des couloirs dédiés au covoiturage, ou d’expérimenter ces processus.
• Moins de camions sur les routes avec le développement d’autoroutes ferroviaires, qui permettront de les mettre sur des trains et devraient diminuer leur trafic sur les routes de moitié d’ici à 2020.
Energie
• Tous les appareils seront dotés de l’étiquette énergie (réservée actuellement à l’électroménager).
• Les produits de la grande distribution afficheront leur «prix écologique» (qui intègre leur coût environnemental) à côté de leur prix réel. Pour l’heure, seule l’enseigne Casino a commencé ce fastidieux étiquetage, qui apparaîtra timidement l’an prochain.
• Interdiction des lampes à incandescence en 2010 au profit de lampes à basse consommation et LED.
Santé
Beaucoup de bonnes intentions. Moins de bruit d’ici 5 à 7 ans, moins de particules fines dans l’air (surtout issues du diesel), moins de produits toxiques dans notre air intérieur, meilleur suivi des maladies respiratoires, des cancers…, une meilleure information sur les nanoparticules présentes dans les lieux publics…
Gouvernance écologique
Une plus grande transparence en général dans les prises de décisions (avec la prise en compte de l’avis des ONG).
Olivier Laban-Mattei AFP ¦ Barroso, Al Gore, Hulot, Borloo, Sarkozy et l'avocate kenyane Wangari Maathai le 25 novembre 2007 au Grenelle de l'environnement à Paris
Catherine LEVESQUE
20Minutes.fr, éditions du 26/10/2007 - 17h39
dernière mise à jour : 26/10/2007 - 18h04
Publié le 25/10/2007 à 12:00 par ecoville
Jean-Louis Borloo
Ministre de l'Ecologie et du Développement durable.
Alors que les négociations finales s'engagent, comment voyez-vous l'issue de ce Grenelle de l'Environnement ?
Je tiens à saluer le travail de fond de tous les acteurs. Il faut déjà préparer le passage à l'acte qui suit cette échéance. Ma préoccupation, c'est de rattraper le retard de la France dans un certain nombre de domaines et, surtout, instaurer un système d'indicateurs et de suivi, indispensable pour une évaluation permanente des résultats.
Deux jours pour trancher des propositions élaborées en quatre mois, n'est-ce pas un peu court ? Cela donne aux ONG le sentiment que les dés sont jetés...
Non, les décisions ne sont pas prises en deux jours, les quatre mois de travail ont été très fructueux, regardez les conclusions. Les ONG ont pour rôle d'alerter et de rester vigilantes. Ce Grenelle, c'est bien au contraire le commencement de l'action !
Où allez-vous trouver l'argent pour financer les mesures ?
Il y a une erreur intellectuelle majeure sur l'idée que l'écologie coûte cher. C'est avant tout une question de méthode et d'organisation. Nous saurons impulser les moyens qu'il faut. En Italie par exemple, 48 % de la restauration collective est bio, car ils se sont organisés. Ça ne leur revient finalement pas plus cher aujourd'hui. Nous allons aider les filières agricoles bio à se développer pour parvenir à un objectif de 20 % en France.
Un projet d'incinérateur en forêt de Brocéliande, des projets autoroutiers en Alsace et à Bordeaux, de gros problèmes en Guyane française... Pensez-vous que les collectivités sont mûres pour mener leurs projets en concertation avec les citoyens ?
Les choses ont bien évolué en termes de concertation. Voyez par exemple les nombreuses réunions régionales autour des propositions du Grenelle, l'intérêt et la participation de très nombreux Français qui ont débattu. Il en ressort qu'il faut favoriser massivement le ferroviaire et les transports propres en offrant les infrastructures adéquates. Augmenter notre capacité routière et autoroutière n'est plus l'urgence. Le secteur du bâtiment absorbe 42 % de notre énergie... Voilà toute une série de sujets sur lesquels la concertation a fonctionné !
Comment le Grenelle peut-il être crédible alors que le gouvernement prône une croissance souvent incompatible avec les exigences écologiques du moment ?
Si je pense que le modèle de croissance mondial tel qu'il a été conduit jusqu'alors a « pillé la planète », nous travaillons aujourd'hui sur un modèle d'économie durable. Avec le Grenelle, la France cherche à démontrer que c'est réalisable. Si je prends l'exemple du découplage des biens et des services, c'est-à-dire vendre l'usage ou la location d'un bien plutôt que le bien lui-même (autopartage ou Vélib', ndlr), c'est une forme d'économie durable. Parmi les propositions, il y a le projet d'informer le consommateur du coût écologique des produits.
Comment le Grenelle peut-il traiter la question du nucléaire alors que le président Nicolas Sarkozy s'affiche comme son fervent promoteur ?
La vitesse des changements climatiques que nous constatons a changé le regard sur le nucléaire. Nos émissions de gaz à effet de serre sont les moins élevées d'Europe en raison de son utilisation. De même, les économies d'énergie proposées et notre détermination à développer les énergies renouvelables - jusqu'à 20 % d'ici à 2020 - entraîneront mécaniquement la baisse du nucléaire dans le bouquet énergétique français.
La France entend porter votre message écologique devant l'Europe lors de sa présidence en 2008. N'est-ce pas paradoxal alors qu'elle est à la traîne sur des points cruciaux ?
Tous les pays d'Europe suivent avec beaucoup d'intérêt les discussions françaises du Grenelle et nous sommes en avance sur certains points ! Par exemple, nous émettons en France 6,2 tonnes de CO2 par habitant, alors que la moyenne européenne est de 8,75 ! Certains membres proposent d'ailleurs que nous réfléchissions à un grand Grenelle européen.
Si un moratoire sur les OGM devait s'imposer, comme le souhaitent 85 % des Français, comment la France se positionnerait-elle sur le plan européen ?
Les OGM ont été traités jusqu'à présent comme un simple produit commercial dans les discussions de l'OMC. Il faut avant tout savoir de quels OGM on parle. Un consensus s'est dégagé avec tous les acteurs pour un texte de loi clair et une haute autorité indépendante pour sortir de l'hypocrisie sur ce sujet.
Vous n'avez pas droit à l'échec à l'issue de ce Grenelle ?
C'est un laboratoire pour la planète entière ! L'investissement de tous les acteurs et la qualité des propositions est une grande avancée. Nous engageons aujourd'hui l'étape opérationnelle, tous ensemble. Aucun pays ne s'est pour l'instant inscrit dans une politique ambitieuse de développement durable. C'est ce que nous faisons.
Propos recueillis par Catherine Levesque - ©2007 20 minutes
20 Minutes, éditions du 23/10/2007 - 23h25
dernière mise à jour : 23/10/2007 - 23h25
Publié le 25/10/2007 à 12:00 par ecoville
Patrick Kvarik AFP ¦ Alain Bougrain-Dubourg, Nicolas Hulot Sebastien Genest et Nadir Saifi lors du Grenelle de l'Environnement le 24 octobre 2007 à Paris
8h07: Jean-Michel Lemétayer, patron du principal syndicat agricole français, la FNSEA, a affirmé qu'il n'accepterait «pas n'importe quoi» concernant la réduction de l'usage des pesticides. Evoquant la réduction des phytosanitaires de 50% en dix ans, réclamée par les écologistes, il a jugé que «ça mettrait la production en péril s'il y a une maladie et qu'on ne peut plus lutter contre».
7h51: Après une première journée fructueuse, les négociations du Grenelle de l'environnement ont repris jeudi matin à Paris, au ministère de l'Ecologie. Au menu, deux dossiers sensibles, les OGM et la réduction des pesticides. Le ministre de l'Agriculture Michel Barnier s'est joint aux débats.
Après la 4e et dernière table ronde en début d'après-midi, les conclusions du Grenelle seront examinées par le président Nicolas Sarkozy qui doit prononcer un discours à partir de 16h00. Le chef de l'Etat devra trancher sur la taxe carbone.
Patrick Kvarik AFP ¦ Alain Bougrain-Dubourg, Nicolas Hulot Sebastien Genest et Nadir Saifi lors du Grenelle de l'Environnement le 24 octobre 2007 à Paris
Avec AFP
20Minutes.fr, éditions du 25/10/2007 - 08h04
dernière mise à jour : 25/10/2007 - 08h11
Publié le 24/10/2007 à 12:00 par ecoville
Patrick Kovarik AFP/Archives ¦ Jean-Louis Borloo (g) et la secrétaire d'Etat chargée de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, le 27 septembre 2007 à Paris
Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie et du Développement durable, répond à 20Minutes alors que les conclusions du Grenelle de l'environnement sont attendus ce mercredi...
Alors que les négociations finales s’engagent, comment voyez-vous l’issue de ce Grenelle de l’environnement ?
Je tiens à saluer le travail de fond de tous les acteurs. Il faut déjà préparer le passage à l’acte qui suit cette échéance. Ma préoccupation, c’est de rattraper le retard de la France dans un certain nombre de domaines et, surtout, d’instaurer un système d’indicateurs et de suivi, indispensable pour une évaluation permanente des résultats.
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Deux jours pour trancher des propositions élaborées en quatre mois, n’est-ce pas un peu court ? Cela donne aux ONG le sentiment que les dés sont jetés…
Non, les décisions ne sont pas prises en deux jours, les quatre mois de travail ont été très fructueux, regardez les conclusions. Les ONG ont pour rôle d’alerter et de rester vigilantes. Ce Grenelle, c’est bien au contraire le commencement de l’action !
Où allez-vous trouver l’argent pour financer les mesures ?
Il y a une erreur intellectuelle majeure sur l’idée que l’écologie coûte cher. C’est avant tout une question de méthode et d’organisation. Nous saurons impulser les moyens qu’il faut. En Italie, par exemple, 48 % de la restauration collective est bio, car ils se sont organisés. Ça ne leur revient finalement pas plus cher aujourd’hui. Nous allons aider les filières agricoles bio à se développer pour parvenir à un objectif de 20 % en France.
Un projet d’incinérateur en forêt de Brocéliande, des projets autoroutiers en Alsace et à Bordeaux, de gros problèmes en Guyane française… Pensez-vous que les collectivités sont mûres pour mener leurs projets en concertation avec les citoyens ?
Les choses ont bien évolué en termes de concertation. Voyez, par exemple, les nombreuses réunions régionales autour des propositions du Grenelle, l’intérêt et la participation de très nombreux Français qui ont débattu. Il en ressort qu’il faut favoriser massivement le ferroviaire et les transports propres en offrant les infrastructures adéquates. Augmenter notre capacité routière et autoroutière n’est plus l’urgence. Le secteur du bâtiment absorbe 42 % de notre énergie… Voilà toute une série de sujets sur lesquels la concertation a fonctionné !
Comment le Grenelle peut-il être crédible alors que le gouvernement prône une croissance souvent incompatible avec les exigences écologiques du moment ?
Si je pense que le modèle de croissance mondial tel qu’il a été conduit jusqu’alors a « pillé la planète », nous travaillons aujourd’hui sur un modèle d’économie durable. Avec le Grenelle, la France cherche à démontrer que c’est réalisable. Si je prends l’exemple du découplage des biens et des services, c’est-à-dire vendre l’usage ou la location d’un bien plutôt que le bien lui-même [autopartage ou Vélib’, ndlr], c’est une forme d’économie durable. Parmi les propositions, il y a le projet d’informer le consommateur du coût écologique des produits.
Comment le Grenelle peut-il traiter la question du nucléaire alors que le président Nicolas Sarkozy s’affiche comme son fervent promoteur ?
La vitesse des changements climatiques que nous constatons a changé le regard sur le nucléaire. Nos émissions de gaz à effet de serre sont les moins élevées d’Europe en raison de son utilisation. De même, les économies d’énergie proposées et notre détermination à développer les énergies renouvelables - jusqu’à 20 % d’ici à 2020 - entraîneront mécaniquement la baisse du nucléaire dans le bouquet énergétique français.
La France entend porter un message écologique devant l’Europe lors de sa présidence en 2008. N’est-ce pas paradoxal alors qu’elle est à la traîne sur des points cruciaux ?
Tous les pays d’Europe suivent avec beaucoup d’intérêt les discussions françaises du Grenelle et nous sommes en avance sur certains points! Par exemple, nous émettons en France 6,2 tonnes de CO2 par habitant, alors que la moyenne européenne est de 8,75! Certains membres proposent d’ailleurs que nous réfléchissions à un grand Grenelle européen.
Si un moratoire sur les OGM devait s’imposer, comme le souhaitent 85 % des Français, comment la France se positionnerait-elle sur le plan européen?
Les OGM ont été traités jusqu’à présent comme un simple produit commercial dans les discussions de l’OMC. Il faut avant tout savoir de quels OGM on parle. Un consensus s’est dégagé avec tous les acteurs pour un texte de loi clair et une haute autorité indépendante pour sortir de l’hypocrisie sur ce sujet.
L’échec du Grenelle est-il envisageable?
C’est un laboratoire pour la planète entière ! L’investissement de tous les acteurs et la qualité des propositions est une grande avancée. Nous engageons aujourd’hui l’étape opérationnelle, tous ensemble. Aucun pays ne s’est pour l’instant inscrit dans une politique ambitieuse de développement durable. C’est ce que nous faisons.
Patrick Kovarik AFP/Archives ¦ Jean-Louis Borloo (g) et la secrétaire d'Etat chargée de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, le 27 septembre 2007 à Paris
Recueilli par Catherine Levesque et Carole Chatelain
20Minutes.fr, éditions du 23/10/2007 - 23h02
dernière mise à jour : 23/10/2007 - 23h11