Une femme birmane assise au milieu des décombres de sa maison, à Bogalay, région la plus touchée par le cyclone Nargis. (AFP)
La Croix-Rouge française et Médecins du Monde ont obtenu l'autorisation d'envoyer du renfort médical pour porter secours aux survivants du cyclone.
La Croix-Rouge française et Médecins du Monde ont obtenu l'autorisation vendredi d'envoyer du matériel d'approvisionnement en eau potable et une équipe médicale accompagnée de matériels et de médicaments en Birmanie. La junte birmane semblait pourtant bien prête à sacrifier le peuple birman vendredi matin : les autorités avaient fermé la porte aux équipes de secours et journalistes de pays étrangers.
La Croix-Rouge française (CRF) dit envoyer dans la capitale économique «20 tonnes de matériel d'approvisionnement en eau potable», qui «permettra de produire 600.000 litres d'eau potable par jour, répondant aux besoins de 40.000 personnes chaque jour». Médecins du Monde a également obtenu le feu vert des autorités birmanes pour l'envoi d'une équipe médicale composée de deux logisticiens et d'un médecin, qui accompagneront un chargement de matériels et de médicaments à destination du Delta de l'Irrawaddy.
Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a annoncé vendredi l'envoi vers la Birmanie d'un bateau de la marine française chargé de 1.500 tonnes de produits et de matériel qui pourrait arriver «mercredi ou jeudi». Selon Bernard Kouchner, «le problème est de savoir où ces tonnes de produits arriveront et comment elles seront distribuées. L'idéal est évidemment de passer par les ONG. C'est ce sur quoi nous essayons de travailler pour que ce soit elles qui, au moins, supervisent la distribution».
Les militaires birmans réceptionnent l'aide humanitaire
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a, lui, annoncé vendredi la suspension de ses vols vers la Birmanie en raison de restrictions «inacceptables» imposées par les militaires birmans.
Ces derniers, qui exercent un pouvoir sans partage sur l'un des pays les plus fermés au monde depuis près d'un demi-siècle, entendent gérer eux-mêmes les aides matérielles et financières promises par millions d'euros. «La Birmanie donne la priorité à la réception d'aides d'urgence et fait des efforts acharnés pour les faire transporter sans délai par ses propres travailleurs dans les zones affectées», a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un texte publié par le quotidien officiel New Light of Myanmar.
Selon Le Point, la cargaison du premier avion envoyé par l'ONU a été confisquée à 90% par les militaires. «Selon un observateur présent à Rangoon, les militaires veulent non seulement contrôler l'arrivée de l'aide, fût-elle au compte-gouttes, mais aussi en faire bénéficier leurs propres familles», explique l'hebdomadaire sur son site Internet.
Selon le dernier bilan officiel provisoire, le cyclone Nargis a fait près de 23.000 morts et plus de 42.000 disparus. Ces chiffres sont pourtant très loin d'autres estimations, notamment de celle d'une diplomate américaine à Rangoun qui craint plus de 100.000 morts. Jeudi, un porte-parole de l'ONU a estimé qu'au moins un million de personnes avaient besoin d'aide.
Appel de l'Onu
La communauté internationale se démène pour pouvoir porter massivement secours aux victimes. Jeudi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, essayait d'entrer en contact avec le chef de la junte, le généralissime Than Shwe, pour tenter de le convaincre. Les Nations unies s'apprêtent également à lancer un appel de fonds à la communauté internationale afin de venir en aide pendant six mois à 1,5 million de Birmans sinistrés.
Malgré l'ampleur de la catastrophe, les militaires prévoient toujours d'organiser un référendum samedi sur une nouvelle Constitution. Ils ne l'ont reporté, au 24 mai, que dans les municipalités les plus touchées. Vendredi, ils ont même lancé un appel à voter «oui» ce week-end. «Approuver la Constitution de l'Etat est une obligation nationale de l'ensemble de la population», peut-on lire sur un bandeau à la Une du New Light of Myanmar, qu'ils contrôlent étroitement.
Selon les généraux, l'adoption d'une nouvelle Constitution ouvrira la voie à des «élections multipartites» en 2010. La formation de l'opposante Aung San Suu Kyi, lauréate du Prix Nobel de la Paix toujours assignée à résidence, estime que le texte pérennisera au contraire la mainmise de l'armée sur le pouvoir.