AFP/MICHAL CIZEK
Les aciéries d'Arcelor-Mittal dans la banlieue sud de la ville d'Ostrava en République tchèque, le 12 février 2007.
Un millier de Tchèques ont manifesté, mardi 8 avril à Ostrava, pour protester contre la pollution causée principalement par les aciéries d'Arcelor-Mittal, sises dans la banlieue sud de la ville.
Ostrava, au coeur d'un bassin minier et sidérurgique, est l'une des agglomérations des plus polluées d'Europe, avec Nowa Huta-Katowice (Pologne) et Milan (Italie). Organisée par une association d'habitants du quartier de Radvanice qui jouxte l'usine, bâtie au début des années 1950 et vendue en 2002 au président du groupe numéro un mondial de l'acier, Lakshmi Mittal, cette manifestation est la première du genre dans la ville.
"Beaucoup d'habitants estiment qu'Ostrava a toujours été polluée, et, la situation s'étant à première vue améliorée depuis la chute du communisme, la dégradation de l'environnement ne les émeut plus", explique Radim Chrapek, porte-parole de l'association Air. "Mais si aujourd'hui on ne voit plus ses pas dans la poussière noire qui se déposait partout dans les années 1950 et 1960, les microparticules sont bien là, précise le fondateur d'Air, Vladimir Burda. Elles s'incrustent dans les façades, les arbres, la terre, et surtout dans nos poumons."
Pour la pédiatre Eva Schallerova, "la situation est alarmante". Installée depuis vingt-cinq ans à Radvanice, elle se bat depuis de nombreuses années pour que les autorités sanitaires et publiques prennent conscience de l'impact désastreux de la pollution sur la santé : "Je soigne aujourd'hui la troisième génération de personnes exposées aux retombées de la production des aciéries et je n'ai jamais vu autant d'enfants malades."
"Presque 40 % de mes jeunes patients souffrent d'allergie, essentiellement d'asthme", souligne-t-elle. "Parmi les nouveau-nés, ce sont ceux conçus en décembre-janvier qui souffrent le plus de maladies liées à la pollution (eczéma, asthme, immunité affaiblie...)", ajoute Mme Schallerova. A certaines périodes de l'hiver, les taux de concentration de microparticules et autres toxines peuvent dépasser dix fois les normes environnementales.
En 2007, les limites (50 microgrammes par mètre cube) ont été dépassées 216 jours. Le seuil de tolérance est de 35 jours par an. Pour 2008, le "crédit a déjà été épuisé" à la mi-février, indique Ivana Michalkova, adjointe au maire de l'arrondissement de Radvanice. Une étude de l'Institut de santé a établi que les sols et les eaux étaient contaminés en métaux lourds et en hydrocarbures polyaromatiques. En particulier, les doses de benzo (a)pyrène, hautement cancérigène, dépassent 90 fois la limite sanitaire.
MODERNISATION PROMISE
Face à ces chiffres et à la pression grandissante des élus, le nouveau directeur général d'ArcelorMittal Ostrava, Sangay Samaddar, a promis, lundi, lors d'une conférence de presse à l'Université technique d'Ostrava, d'investir plus de 3 milliards de couronnes (140 millions d'euros) dans la modernisation des installations et dans le traitement des émissions. C'est plus que les investissements réalisés au cours des cinq dernières années.
"La priorité était de mettre la technologie à niveau pour produire efficacement, sauver l'entreprise que nous avions reprise au bord de la faillite, et payer les emprunts", a reconnu M. Samaddar.
Estimant que l'image de l'entreprise est mauvaise, il a tenu à associer des chercheurs et des universitaires, "pour trouver les meilleures solutions techniques" et pour servir de garants à la promesse de réduire de moitié les émissions de microparticules d'ici à 2010.
Arcelor-Mittal devrait signer prochainement un accord-cadre avec les autorités de la ville et de la région pour sceller ses engagements en faveur d'un assainissement de ses installations.
Martin Plichta
Article paru dans l'édition du 10.04.08.
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