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NOEL MAMERE !!!

NOEL MAMERE !!!

Posté le 04.04.2008 par ecoville
Damien : Que pensez-vous de l'amendement sur l'encadrement des OGM qui a été adopté par l'Assemblée hier ? est-il suffisant ?

Noël Mamère : Cet amendement est le résultat d'une bagarre acharnée que nous avons menée contre une partie de la majorité, qui, à l'instar du Sénat, s'est appliquée à détourner l'esprit de la loi que souhaitait le gouvernement. Avec la complicité de la ministre, qui s'en est remise à la sagesse de l'Assemblée, nous avons pu nous engouffrer dans cette brèche qu'elle avait ouverte, à la suite de plusieurs amendements identiques que nous avions défendus, et nous avons donc réussi à ce que l'agriculture de qualité soit moins vulnérable.


Après deux échecs de vote électronique, nous avons remporté par un troisième vote à main levée, où quelques députés UMP ont voté avec nous, des députés qui sont de circonscriptions dans lesquelles il y a des productions à label.

Ce n'est qu'un emplâtre sur une jambe de bois, évidemment, mais c'était une victoire symbolique hier soir, qui a montré la fragilité de l'UMP sur cette question, et qui prouve que beaucoup de députés de la majorité votent avec leurs pieds, dans cette affaire. Et quand le gouvernement leur laisse la liberté de vote, alors, ils nous rejoignent. Donc nous allons passer la journée d'aujourd'hui et la nuit à nous battre pour ouvrir d'autres brèches.

lecteur : Qu'en est-il vraiment des impacts sur la santé de la consommation des produits OGM ?

Noël Mamère : Aujourd'hui, personne ne peut le dire. Parce qu'il n'y a pas le recul suffisant et qu'il n'y a pas non plus d'enquête épidémiologique sérieuse. En revanche, on sait ce qu'a entraîné en termes de santé publique l'amiante, par exemple, dont on nous disait avec les mêmes arguments qu'aujourd'hui qu'il n'était pas dangereux pour la santé. On connaît les effets dévastateurs des pesticides qui entraînent des cancers, des tumeurs du cerveau et toutes sortes de maladies. Pas simplement dans les pays pauvres, mais aussi en France dans les zones d'agriculture intensive.

La seule expérience qu'on connaît vraiment sur les conséquences des OGM, c'est celle qui a été menée sur une variété de Monsanto avec des rats, pendant quatre-vingt-dix jours. Ces rats ont montré des anomalies sur le foie et sur les reins, des anomalies également chez les femelles. Il a fallu aller devant les tribunaux pour que Monsanto lève le secret industriel et que l'on puisse obtenir le résultat de ces expériences. Ce qui en dit long sur ce qu'on nous cache.

Il faut donc demander des expertises indépendantes, et aujourd'hui, la loi que nous discutons ne propose pas d'autorité indépendante. La Haute Autorité a en effet été changée en Haut Conseil, qui n'émet plus que des avis. Et dans ces hauts conseils, la société civile a été mise de côté et n'émet plus que des recommandations.

La grande différence entre la chimie et les OGM, c'est que les cultures OGM entraînent des effet irréversibles, et que toucher aux gènes, c'est entraîner une instabilité que, comme son nom l'indique, on ne contrôle pas.

ben : Le rapport Attali préconise la levée du principe de précaution. Votre avis ?

Noël Mamère : Une belle connerie. En totale contradiction avec ce qu'écrivait Attali dans les années 1970. Attali appartient à cette famille de scientistes à tendance négationniste, qui remet en cause aussi bien l'effet de serre ou l'action de l'homme sur les changements climatiques que le principe de précaution.

Le principe de précaution, ce n'est pas la sanctuarisation du monde, ce n'est pas l'arrêt de toute recherche, c'est une manière de se protéger contre les dérives de la recherche, et surtout contre les dérives d'applications de la recherche qui seraient mises en œuvre sans en avoir étudié l'impact.

Et puis c'est surtout permettre de prendre le temps pour faire la part entre les risques et les bénéfices que peut apporter l'innovation scientifique.

Kleizour : Le Grenelle de l'environnement n'est-il pas de la poudre aux yeux, vu la position actuelle du gouvernement sur les OGM?

Noël Mamère : En son temps, j'avais dit que le Grenelle de l'environnement n'était que de l'enfumage. Je pense qu'en effet cette idée, qui était très généreuse et que la gauche aurait pu mener à bien si elle l'avait voulu, va se terminer en impasse, avec en plus le sentiment de trahison qui est aujourd'hui celui des organisations non gouvernementales et d'un certain nombre d'acteurs du Grenelle de l'environnement.

Puisque, en effet, le premier geste du gouvernement et de sa majorité après le Grenelle, c'est de tourner le dos à l'une des principales prescriptions du Grenelle, à savoir la possibilité de produire ou de consommer sans OGM qui, dans la loi, est devenue produire et consommer avec ou sans OGM. C'est légaliser deux libertés qui sont inconciliables, puisqu'il est avéré qu'il n'y a pas de coexistence possible entre des cultures OGM et des cultures conventionnelles ou biologiques.

Récemment, deux agriculteurs de la région de Niort, dans les Deux-Sèvres, ont porté plainte devant le tribunal administratif pour contamination de leurs champs de maïs bio par une parcelle de maïs transgénique située à 25 kilomètres de distance.

Plus loin de nous, de l'autre côté de l'Atlantique, on ne peut plus cultiver de colza conventionnel au Canada, puisque tous les sols ont été contaminés par les OGM. Et l'exemple le plus emblématique est celui du Mexique, là où est né le maïs : il y a aujourd'hui des variétés de maïs mexicain qui sont contaminés par le maïs américain de l'autre côté du Rio Grande.

Le frelon vert : Vous avez dit que les Verts se battraient "comme des chiens" contre le projet de loi sur les OGM. Etes-vous prêt à soutenir un mouvement d'initiative populaire qui aura pour fonction d'organiser le fauchage des champs d'OGM ?

Noël Mamère : Se battre comme des chiens, c'est ce que nous faisons depuis deux jours, et nous allons continuer. Il faudrait que le frelon vert sache que je suis faucheur volontaire, et que j'ai été lourdement condamné par les tribunaux : 3 mois de prison avec sursis et 100 000 euros de dommages et intérêts.

Que l'on lance uniquement un grand mouvement d'initiative populaire, bien sûr, mais cela n'a rien à voir avec une action de fauchage, qui doit être réfléchie, qui doit se mener de manière transparente, au grand jour et sans violence.

Cette question-là reste en suspens. J'ai déjà dit que j'ai mené cette action alors que je suis député. Je ne regrette pas du tout cette action, mais je n'ai pas l'intention de procéder à d'autres fauchages.

Je me réserve le droit de nouveaux fauchages ou d'autres actions en fonction des décisions politiques qui seront prises par le gouvernement et des discussions que j'aurai avec mes copains faucheurs volontaires.

Mais le fauchage n'est pas la seule action pour sensibiliser l'opinion. Il y a plein de formes à trouver, et si le frelon vert nous en suggérait, il serait le bienvenu.

matthieu37 : Comment jugez-vous l'attitude de M.Sarkozy au congrès de la FNSEA ?

Noël Mamère : Une fois encore, le président de la République a enfilé des perles, si je puis dire. Pour un homme qui s'inscrit dans la rupture, il ne fait que poursuivre une politique agricole dangereuse qui donne la priorité à l'agriculture productiviste, qui ne dit rien de sérieux sur la nécessaire réforme de la politique agricole commune, et qui est venu servir la soupe au syndicat agricole le plus conservateur qui existe au moment où, comme par hasard, on examine à l'Assemblée la loi sur les OGM.


Le président a sans doute voulu faire oublier aux ultras de la FNSEA la mise en œuvre de la clause de sauvegarde sur le Monsanto 810 contre l'avis de la FNSEA.

jpzera31 : Quel bilan tirez-vous jusqu'ici de l'action de Cécile Duflot à la tête du parti ?

flanby : Qu'est-ce qui cloche chez les Verts ?

Noël Mamère : C'est un vaste sujet ! Ce que l'on peut dire, c'est qu'aujourd'hui, les Verts gagnent des élus et perdent des adhérents. C'est un paradoxe qui montre bien notre incapacité à rassembler et à attirer vers nous des gens qui partagent nos idées.

Et la vraie menace qui pèse aujourd'hui sur les Verts, c'est de devenir un syndicat d'élus qui se contenterait de gérer son petit pécule électoral, comme le font d'autres formations telles que les Radicaux de gauche.

Or les idées des Verts ont aujourd'hui irrigué la société française. Il n'y avait pas une liste en France aux municipales qui n'ait inscrit dans son programme le développement durable, les économies d'énergie, les plans vélos et autres revendications des Verts. Et donc il faut que les Verts se mettent aujourd'hui en position de garder cette longueur d'avance, et surtout de faire avancer leurs idées dans la gauche, puisque la famille politique des Verts, c'est la gauche.

Nous en sommes la troisième composante, la plus moderne en ce qu'elle n'est pas marquée par la culture du productivisme et de la société industrielle. Et que sa problématique politique est fondée sur la critique de la croissance quantitative, du productivisme, et en même temps, elle est une héritière des non-violents et des désobéissants. Pour trouver des territoires de compromis avec nos partenaires de la gauche, on ne peut pas se contenter d'en rester les appendices.

De ce point de vue, la victoire de Dominique Voynet à Montreuil est une bonne nouvelle, puisqu'elle prouve que sur nos thèmes et sur notre problématique on peut gagner des villes de plus de cent mille habitants. Mais cela ne suffit pas. Il faut que les Verts précisent leur projet, soient au clair sur leurs alliances, et ne se contentent pas de réformes cosmétiques de leurs statuts pour pouvoir devenir un des moteurs de la gauche.

Lol : Êtes-vous candidat à la tête des Verts ?

Noël Mamère : Non. D'abord, les statuts l'interdisent. Je ne suis pas un homme d'appareil. Je n'ai pas non plus vocation au sacrifice. Pour avoir été élevé dans les écoles chrétiennes, j'ai trop longtemps médité sur le sort de saint Sébastien. Plus sérieusement, c'est très difficile de diriger un parti qui est ingouvernable.

Il faut pourtant à la tête des Verts des personnalités identifiables et qui puissent contribuer de manière forte au débat politique. Cécile Duflot a toutes ces qualités, comme d'autres, mais c'est très difficile de remplir toutes ces conditions dans un parti qui est très instable et qui est constitué de beaucoup de baronnies qui font absolument ce qu'elles veulent. Ce qui m'intéresse, moi, chez les Verts, ce sont les idées qu'ils portent, et c'est de continuer à les faire vivre en leur nom là où je suis.

Guillemin : L'écologie est-elle incompatible avec une philosophie de droite, et un rapprochement avec le centre, comme le proposait Daniel Cohn-Bendit ?

Noël Mamère : L'écologie est aux antipodes d'une logique conservatrice. L'écologie, c'est le partage, c'est la lutte contre les injustices sociales et environnementales, c'est le combat contre les discriminations, c'est considérer que l'environnement est un bien commun, c'est également la non-violence, c'est la défense de l'intérêt général et collectif contre la logique du profit à court terme. On pourrait décliner comme cela à l'envi les valeurs des Verts, qui sont de gauche, et pas de droite.

Ce n'est pas aux Verts de savoir s'ils vont se rapprocher du centre, c'est à celui-ci de savoir ce qu'il veut. Quand on regarde le centre en France aujourd'hui, c'est un centre à géométrie variable, si je puis dire. Il est de droite ou de gauche selon les opportunités locales. On ne peut pas construire une grande formation politique fondée sur l'opportunisme.

Moi, ce qui m'intéresse, c'est de continuer à essayer – je ne suis pas sûr que nous y parvenions – de faire évoluer la culture de nos partenaires de gauche. C'est la priorité.

matthieu37 : Quelles baronnies ?

Noël Mamère : Ce sont ces gens qui font et défont ce qu'ils veulent. Ils ressemblent en tous points, mais en plus petits parce qu'ils sont moins nombreux, aux grands barons locaux du PS.

Kleizour : Dominique Voynet a l'air de revendiquer le cumul des mandats. Elle invoque la représentativité des Verts au Sénat. Qu'en pensez-vous ?

Noël Mamère : Je partage son point de vue. Elle ne revendique pas le cumul des mandats, elle dit simplement, comme je le dis depuis que je suis député, que tant que les Verts seront sous-représentés, à tous les étages de la vie démocratique du pays, et en particulier au Parlement, tant qu'il n'y aura pas une introduction sérieuse de la proportionnelle dans le système électoral, nous serons contraints d'accepter qu'il y ait quelques cumulards chez les Verts. Il faut peut-être vous rappeler que sur deux mille élus à peu près que nous comptons aujourd'hui, nous ne sommes que deux en situation de cumul, maire et parlementaire.


Dans quelques semaines, nous allons aborder la réforme des institutions voulue par le président de la République. C'est là qu'il faut introduire la proportionnelle à l'allemande, qui est basée sur le système cinquante-cinquante : 50 % des députés élus à la proportionnelle, et 50 % selon le système majoritaire.


C'est ainsi qu'en 1997, quand les Verts allemands ont fait 7,5 % aux élections législatives, ils ont eu cinquante et un députés. Nous, en France, nous avons fait le même score et nous n'avons eu que sept députés. Le résultat, c'est que les Verts allemands ont eu une ministre chargée de l'agriculture et de la consommation, et qu'ils ont donné à l'Allemagne l'un de ses plus grands ministres des affaires étrangères de l'après-guerre, Joschka Fischer.

Kleizour : Vous aviez marié deux personnes du même sexe pour faire bouger les choses. Aujourd'hui qu'est-ce qui a changé ?

Noël Mamère : Oui, j'ai marié deux personnes de même sexe pour faire bouger les lignes. Je ne le regrette pas une seconde, même si j'ai été relevé de mes fonctions de maire pendant un mois par M. de Villepin et si j'ai reçu près de cinq mille lettres d'insulte. Sans compter les critiques peu amènes de mes "amis" politiques.

D'abord, ce mariage a permis une chose très importante : le débat. Pendant le mois qui a précédé ce mariage, il n'y a pas une famille française qui n'ait pas parlé de cette affaire. Donc je pense que nous avons contribué à faire reculer un petit peu l'homophobie.

En termes de résultats politiques, pour mieux refuser le mariage, le président de la République de l'époque et le premier ministre ont amélioré le PACS.

Et je pense que la France aujourd'hui, sur cette question, finit par être très isolée, puisque la très catholique Espagne accepte le mariage de personnes du même sexe, que cela existe déjà depuis plusieurs années aux Pays-Bas et en Belgique, et que nous apparaissons aujourd'hui comme des conservateurs sur ces sujets de société.

Donc je pense que dans quelques années, ce que j'ai fait à Bègles apparaîtra comme banal. C'est tout ce que je souhaite à ceux qui sont toujours discriminés pour leur orientation sexuelle. Et je ne force personne au mariage, mais je souhaite vivre dans un pays dans lequel deux hommes ou deux femmes vivant ensemble puissent dire : je ne veux pas me marier.

jo : Comment vous déplacez-vous dans Paris ?

Noël Mamère : Dans Paris, je me déplace principalement à bicyclette. Mais je n'ai pas attendu d'être chez les Verts pour le faire, c'était déjà le cas lorsque j'étais journaliste à la télévision.

Sinon, je prends le métro. Et quand je suis pressé et ne peux faire autrement, je prends un taxi ou la voiture que l'Assemblée nationale met à la disposition des députés lorsqu'ils le demandent. Mais là encore, attention, pas d'amalgame et pas de faux procès : on ne peut demander une voiture au Parlement que pour aller de l'Assemblée à un autre point. Nous n'avons donc ni chauffeur ni voiture.



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