AP/DAVID VINCENT
L'estuaire de la Loire à Paimboeuf pollué par une centaine de tonnes de fioul d'une raffinerie Total, le 18 mars 2008.
L'estuaire de la Loire souillé par une centaine de tonnes de fioul échappées, dimanche 16 mars, d'une raffinerie Total ; un avertissement de la Commission européenne à la France, fin janvier, pour la non-conformité de ses stations d'épuration ; une association provençale de médecins qui lance, avec le soutien de la branche française du Fonds mondial pour la nature (WWF), une enquête sur l'imprégnation aux polychlorobiphényles (PCB) de riverains du Rhône... Si l'on se fie à l'actualité des dernières semaines, l'eau des rivières françaises n'aurait plus de douce que le nom.
Objectif 2015
2000 : adoption de la directive cadre sur la gestion des eaux (DCE) par le Parlement et le Conseil européens.
2001 : une liste européenne est fixée de 33 puis 41 substances prioritaires dont la concentration dans les eaux est plafonnée. A compléter en 2008.
2005 : évaluation de l'état initial des masses d'eau par les Etats membres.
2009 : adoption des plans devant permettre d'atteindre le bon état des eaux.
2015 : le bon état écologique doit être atteint dans l'Union européenne, avec possibilité de reports ou dérogations.
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Pourtant, selon la majorité des spécialistes, la réalité n'est pas si sombre. "L'impact de l'homme sur les milieux aquatiques a connu son apogée dans les années 1960, assure Jean-Gabriel Wasson, directeur de recherche au Cemagref (institut de recherche pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement). C'était l'époque où la mousse débordait des écluses de la Seine à cause des détergents."
Pascal Berteaud, directeur de l'eau au ministère de l'environnement, assure que "les fleuves ne sont pas de plus en plus pollués. Dans les années 1950 et 1960, les rivières étaient de véritables égouts. Il a fallu remettre de l'oxygène en traitant les matières organiques et rejets industriels. Puis s'attaquer aux pollutions provoquées par les nutriments du type nitrates ou phosphore".
Aux pollutions visibles ont succédé "des pollutions diffuses, à teneurs faibles, difficiles à gérer" et à mesurer, explique Jean-Pierre Porcher, de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema). Sans parler de l'aménagement des lits et des rives, très important en France, qui modifie les équilibres naturels. Il n'existe pas pour le moment de grille prenant en compte ces pollutions multiples, qui permettrait d'avoir une vision synthétique de l'état du réseau fluvial français et d'attribuer un drapeau vert, orange ou rouge à chaque section de rivière.
La succession de signaux inquiétants peut donner le sentiment que la situation se détériore. Mais selon Jean-Gabriel Wasson, c'est "la connaissance que l'on a du problème" qui augmente : "On mesure un tas de choses que l'on ne savait pas mesurer auparavant", assure cet hydrobiologiste. Il estime à 20 % la proportion du réseau fluvial français en bon état et entre 15 % à 20 % celle des milieux dont l'état est "franchement mauvais", les autres masses d'eau se situant dans une zone d'incertitude.
Jean-Pierre Porcher propose un autre chiffrage, pas forcément contradictoire : "On peut dire qu'en France, plus de la moitié des masses d'eau sont dans une situation inférieure au bon état", affirme-t-il.
Adoptée par l'Union européenne en 2000, la directive-cadre sur l'eau (DCE) fixe aux Etats membres l'objectif de parvenir en 2015 à "un bon état écologique des eaux", défini par rapport à leur situation théorique si l'impact des activités humaines était nul. La France espère que deux tiers de ses masses d'eau parviendront au bon état d'ici à 2015.
LE PROBLÈME POSÉ PAR L'AGRICULTURE
Au WWF, on craint que les autorités françaises aient pu volontairement sous-estimer le bon état théorique des rivières, afin de parvenir plus facilement à remplir leurs objectifs. L'association environnementale reconnaît que des progrès importants ont été réalisés du côté des rejets industriels mais s'alarme de l'état général du réseau fluvial, dont elle qualifie la qualité de "dramatique".
"On nous dit que l'état des fleuves s'améliore, mais nous avons tendance à penser le contraire, assure Cyrille Deshaies, responsable du pôle eau douce de WWF-France. L'agriculture continue de poser problème, et les pollutions chroniques, même si elles ne provoquent pas de mortalité subite, entraînent une accumulation de molécules qui finira par causer de gros dégâts." C'est aujourd'hui un des enjeux majeurs pour les chercheurs : mieux cerner les effets combinés de ces contaminations multiples.
Gilles van Kote