Centrale thermique de Selby, North Yorkshire - Grande-Bretagne
crédit : Rob Patrick
Le marché mondial du carbone s’est rapidement développé au cours des deux dernières années, stimulé par un intérêt nouveau et continu de la part des gouvernements nationaux et régionaux pour diminuer les émissions de carbone. Dans le monde, le commerce du carbone a atteint une valeur totale de 59,2 milliards de dollars en 2007, en hausse de 80 % par rapport à 2006, selon les premières estimations du groupe de recherche Point Carbon. Les estimations précédentes indiquaient que le volume des droits d’émission et des crédits-carbone échangés avait plus que doublé par rapport au montant échangé l’année précédente.
Le rôle des marchés du carbone est de combattre le changement climatique en donnant un prix au dioxyde de carbone (CO2) et aux autres gaz à effet de serre. Des sociétés et autres entités peuvent échanger le droit d’émettre ces gaz contre des permis, crédits ou subventions. La quantité totale des émissions d’un état ou d’un pays est souvent limitée par la législation. Si une entreprise émet plus que ce qui est autorisé par la loi, elle peut acheter un permis à une autre entreprise qui elle, a réduit ses émissions à un niveau inférieur par rapport au niveau autorisé.
Dans le passé, les gros émetteurs (comme les usines ou les centrales électriques) avaient peu d’avantages financiers pour limiter leurs émissions de dioxyde de carbone car il n’y avait pas de coûts directement liés aux émissions de gaz à effet de serre. Les marchés du carbone aident à internationaliser les véritables coûts environnementaux de l’émission de CO2 ou d’autres gaz qui participent au changement climatique.
Les marchés du carbone obligatoires sont soutenus par les législations nationales et régionales. L’Union Européenne, par exemple, a établi l’EU-ETS (European Union Emissions Trading Scheme, plan d’échanges des émissions de l’Union Européenne) afin d’atteindre les objectifs du Protocole de Kyoto en ce qui concerne les émissions autorisées. Avec l’EU-ETS, l’Union Européenne espère atteindre ses objectifs de Kyoto de 4,3 à 5,4 milliards de dollars par an, un montant équivalent à moins de 0,1 % du produit intérieur brut de la région. Sans l’EU-ETS, les frais de mise en conformité seraient deux fois plus élevés.
L’EU-ETS est la plateforme commerciale du carbone la plus importante au monde
Sa période d’essai commercial a débuté en 2005 et s’est terminée en 2007. Au cours de cette période, environ 11 500 gros émetteurs - comme les centrales électriques, les générateurs de chaleur, les usines consommant beaucoup d’énergie - ont été inclus dans le plan d’échange. En 2006, l’EU-ETS a plus que triplé les volumes échangés au cours de l’année précédente, passant de 321 millions de tonnes d’équivalent CO2 à 1,1 milliard de tonnes. (Les crédits-carbone sont mesurés en terme d’équivalent CO2 pour tenir compte du potentiel variable du dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre qui contribuent au changement climatique). La valeur du carbone échangé a également triplé au cours de la même période, passant de 8,4 milliards de dollars en 2005 à 24,9 milliards de dollars en 2006 (en dollars 2007).
L’EU-ETS est entré dans sa seconde phase commerciale en 2008. Cette phase, qui durera jusqu’en 2 012, correspond à la période d’engagement des premières réductions d’émissions du Protocole de Kyoto. De nouvelles sources d’émissions, comme l’aviation, seront ajoutées tout comme d’autres types de gaz à effet de serre en plus du dioxyde de carbone. Des plafonds d’émissions plus stricts au cours de cette période impliquent un nombre de permis à échanger moins important, ce qui - jusque là - maintient des prix plus élevés qu’à la fin de la première période d’échange. En 2 007, il y avait un surplus de permis, étant donné qu’un nombre trop important avait été initialement attribué, et le prix par permis s’est effondré jusqu’à presque zéro.
D’autres crédits-carbone peuvent aussi être échangés sur l’EU-ETS : ceux qui ont été créés par le biais des « mécanismes de flexibilité » du Protocole de Kyoto. Ils sont connus sous le nom de Mécanisme de Développement Propre (MCD) et d’Application Conjointe (AC) (« Joint Implementation »). Le MCD - qui permet aux pays industrialisés d’atteindre en partie leurs objectifs de Kyoto en investissant dans des projets de développement propre dans les pays émergents - a produit 475 millions de tonnes de réductions d’émissions certifiées pour la seule année 2006. Ces crédits étaient estimés à plus de 5 milliards de dollars. L’AC, qui s’est développée à l’origine en Europe de l’Est, a été plus lente à démarrer, avec 16 millions de tonnes de crédits échangés en 2 006, pour une valeur de 144 millions de dollars.
Certains observateurs sont inquiets car plusieurs importantes sources de gaz à effet de serre ne sont pas convenablement prises en compte par les mécanismes existants
Un domaine particulièrement controversé est la Réduction des Emissions issues de la Déforestation dans les Pays en voie de Développement. Avec la déforestation, qui compte pour 20 % des émissions mondiales, dont 70 % des émissions du Brésil et 80 % de celles de l’Indonésie, la protection de la forêt est une part essentielle des efforts nécessaires pour combattre le changement climatique. Au sommet de Bali en décembre 2007, la Banque Mondiale annonçait la création d’un partenariat Forest Carbone Facility. Cet instrument financier a vocation à compenser les coûts engendrés pour conserver les forêts existantes intactes.
L’exploitation des forêts est souvent mentionnée en conjonction avec un autre type de marché du carbone : le marché volontaire. Ce marché est utilisé par les entreprises, les organisations et les particuliers qui achètent volontairement des crédits-carbone (souvent connus sous le nom de compensation des émissions carbone dans ce contexte) pour atténuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Ces crédits sont généralement échangés sur un marché libre - pas sur un marché réglementé - ou par le biais d’un mécanisme commercial établi comme le Chicago Climate Exchange (CCX). Ecosystem Marketplace, une organisation basée aux Etats-Unis qui suit à la trace les marchés environnementaux, estimait qu’en 2 006, au moins 23,7 millions de tonnes d’équivalent CO2 avaient été échangées sur le marché volontaire, dont 10,3 millions de tonnes environ échangées par le CCX. Le CCX rapporte que son volume d’échange a doublé, atteignant 22,9 millions de tonnes au cours de l’année 2 007.
Alors que les marchés du carbone continuent à progresser, plusieurs questions clés persistent
Un problème très important est de savoir si et comment les Etats-Unis vont établir un quota national du carbone et vont instituer l’échange de carbone obligatoire. En tant que l'un des plus gros émetteur mondial de CO2 et seule nation industrialisée à n’avoir pas ratifié le Protocole de Kyoto, l’inaction du gouvernement Américain menace d’anéantir les efforts conjoints des 176 autres pays, et de l’Union Européenne, qui ont ratifié le protocole.
Dans le même temps, plusieurs initiatives des états et des régions aux Etats-Unis et au Canada prennent de l’ampleur. Le RGGI (Regional Greenhouse Gas Initiative), qui doit commencer en 2009, est une volonté d’au moins dix états du Nord-Est des Etats-Unis de plafonner les émissions régionales de CO2 au niveau de 1990 d’ici 2014 et de réduire ce niveau de 10 % d’ici 2018. En 2006, la Californie a voté une loi exigeant une réduction de 25 % des émissions de CO2 avant 2020. L’échange de carbone, pour atteindre cet objectif, va vraisemblablement commencer en 2012, et la plupart des réductions sont attendues de la part des émetteurs principaux de l’état. Et le Western Climate Initiative, élaborée après le RGGI, s’est fixé pour objectif de ramener les émissions régionales 15 % en dessous du niveau de 2005 d’ici 2020 en établissant un mécanisme de marché. Actuellement, la Californie, six autres états de l’Ouest et deux provinces Canadiennes se sont engagés, alors que six autres états de l’Ouest des Etats-Unis, un état Mexicain et trois provinces les ont rejoints en tant qu’observateurs.
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Source
Carbon Markets Gain Momentum, Despite Challenges
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Auteur
Cécile Matricon - notre-planete.info