Ne pas crier victoire trop tôt ! Xavier dresse la liste des points noirs qui affectent le bon fonctionnement de l’opération vélo lancée par le duo MPM/JC Decaux.
Installer des vélos en libre-service à Marseille, c’était un pari. Dans une ville où la bagnole fait partie de l’attirail de la tchatche, la pauvre bicyclette était loin d’avoir une place assurée. Si on ajoute à cela des automobilistes à la conduite sportive, des montées à vous couper les jambes, les craintes du vandalisme et un réseau cyclable très faible, le vélo devait pourrir sur les bornes.
Pourtant, les deux-roues bleus de JC Decaux sont véritablement entrés dans le paysage du centre-ville. Le dernier bilan chiffré concrétise ce sentiment. Avec 181 000 vélos loués en trois mois, soit 2000 par jours, on peut parler de succès.
Voilà qui encourage à passer à la troisième extension du projet : à partir de février, les Marseillais disposeront de 120 stations et 1000 vélos, contre 86 et 750 actuellement. Mais avant de changer de braquet, petite énumération des points noirs susceptibles d’être améliorés par le duo Marseille Provence Métropole (MPM)/JC Decaux (nous avons tenté de joindre ce dernier, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations).
Les quartiers nord oubliés. Aucune borne n’a été placée à la Belle-de-Mai. La station la plus au nord se situe seulement à la Joliette. Et les nouvelles programmées ne rectifient pas vraiment le tir. C’est malheureusement un grand classique à Marseille…
Carence de pistes cyclables. C’est l’autre principale critique à adresser aux responsables marseillais car cette carence entretient le sentiment d’insécurité de nombreux usagers. Le réseau cyclable de la cité phocéenne est ridicule à côté des autres grandes villes françaises, ou même de certaines villes moyennes. On compte 75 kilomètres de pistes cyclables à Marseille, contre 500 kilomètres à Strasbourg, 370 à Paris, ou 200 à Toulouse. Même une ville comme Rennes ridiculise Marseille avec 177 kilomètres de réseau cyclable.
Renaud Muselier reconnaît le retard. Il avait annoncé 100 kilomètres de pistes d’ici la fin 2007, et 200 pour la fin 2008. Promesse non respectée pour la fin 2007. Des projets de pistes sont tout de même en cours. Mais ils concernent encore une fois davantage les quartiers sud que les quartiers nord.
Les horaires. Autre classique. A Marseille, pour utiliser les transports le soir, c’est la croix et la bannière. Impossible de prendre son vélo entre minuit et 6 heures du matin. Dommage, car la clientèle du vélo, sans doute d’une moyenne plutôt jeune, est sûrement la plus motivée pour enfourcher la « petite-reine » la nuit.
Le contrat avec JC Decaux. Lyon et Paris n’ont pas déboursé un centime pour mettre en place le Vélov et le Vélib. La combine ? Attribuer à JC Decaux des marchés publicitaires en échange de la mise en place et la maintenance du parc de vélo. Mais comme à Marseille, on ne fait rien comme ailleurs, on n’a pas négocié sur ce point avec Decaux. Alors MPM paiera chaque année 2,5 millions d’euros à JC Decaux. Et ce pendant 15 ans.
Renaud Muselier compte sur les recettes d’utilisation du vélo pour renflouer les caisses. Mais dans ses calculs, il a tablé sur 50 000 à 60 000 utilisateurs d’ici la fin 2008. Un chiffre très optimiste. Le Vélo en compte 4 600 aujourd’hui. Il va donc falloir pédaler vite pour atteindre les objectifs… A titre de comparaison, Lyon a atteint cette année les 69 000 abonnés alors que le système existe depuis le printemps 2005. Autant dire que le contribuable marseillais mettra la main à la poche contrairement à ses voisins du nord.
Xavier Thierry