Le périphérique, porte d'Orléans. L'accès payant aux autoroutes urbaines financerait les transports collectifs franciliens. Crédits photo : Le Figaro
Bertrand Delanoë comme Françoise de Panafieu se démarquent de la proposition du candidat Vert.
Les automobilistes devront-ils bientôt payer pour prendre le périphérique autour de Paris ? Tel est le souhait du candidat Vert à la Mairie de Paris, Denis Baupin, qui a fait de cette proposition un des axes majeurs de son programme. L'élu écologiste entend «rendre payants le périphérique et les autoroutes d'Ile-de-France». Et il justifie cette mesure en précisant que la recette de ces nouveaux péages servira à «financer les transports collectifs» franciliens.
Bertrand Delanoë, qui brigue sa propre succession, a aussitôt indiqué son hostilité à l'idée «de faire payer des automobilistes venant de communes voisines pour qu'ils puissent entrer dans Paris». Le maire de la capitale, qui dirige une liste commune PS-PCF au premier tour, ne veut pas d'«un péage comparable à celui de Londres». Il ajoute toutefois, dans son préprogramme, que «la question d'un “péage urbain” doit être soulevée». Et Delanoë préconise d'«étudier la mise en place d'un péage pour les poids lourds circulant sur les axes routiers franciliens, proportionnel au nombre de kilomètres parcourus et au niveau de pollution des véhicules».
Françoise de Panafieu a elle aussi affirmé son opposition au projet de péages sur le périphérique parisien. Et elle n'a pas manqué d'utiliser la proposition de Baupin pour critiquer Delanoë, soumis, à l'en croire, à la surenchère permanente de ses alliés écologistes, qui avaient obtenu 12 % des voix aux municipales de 2001. «Denis Baupin, adjoint du maire de Paris, est l'instigateur de la politique de restriction de la place de l'automobile menée par la gauche dans la capitale, tonne Panafieu. Il dit tout haut ce que Delanoë pense tout bas.» Afin de désengorger le périphérique, la candidate UMP préfère soutenir le projet Métrophérique de la RATP, rocade souterraine qui relierait tous les terminus des lignes de métro pour faciliter les déplacements de banlieue à banlieue. Pour autant, dans son préprogramme, Panafieu ne se dit pas irrémédiablement hostile à des péages sur les autoroutes d'Ile-de-France. Elle souhaite «le lancement d'une consultation populaire à l'échelle de l'agglomération parisienne sur la question du péage urbain».
Ce distinguo entre périphérique parisien et autoroutes franciliennes fait bondir le candidat du Front national à Paris, Martial Bild. «Nous sommes le seul parti qui proteste contre la double peine que Delanoë et les bobos infligent aux classes moyennes, veut-il croire. Elles sont chassées de Paris par le prix de l'immobilier et devront bientôt payer pour avoir le privilège de passer des heures dans les embouteillages du périphérique.»
«Khmer vert» ou aiguillon ?
En termes plus choisis, le président du groupe UMP au conseil régional d'Ile-de-France a lui aussi condamné sans réserves la proposition de Baupin. «Le candidat Vert à Paris veut matraquer les Franciliens qui n'ont pas d'autres choix que d'emprunter les routes et autoroutes pour se rendre à leur travail», fulmine Roger Karoutchi.
Des objections qui n'ébranlent pas Baupin, tant l'hostilité des Verts à l'automobile est revendiquée par ce parti depuis sa naissance, après Mai 68. Lors de la présidentielle de 1974, le premier candidat écologiste à l'Élysée, René Dumont, avait ainsi fustigé «la dictature de l'automobile» et lancé une formule restée fameuse : «La voiture ça pue, ça pollue, ça rend con.»
Pourtant, Denis Baupin se défend d'être le «Khmer vert» raillé par ses détracteurs et se considère plutôt comme un aiguillon. «J'ai l'habitude qu'on caricature mes positions, assure-t-il. Quand la pollution diminue, c'est grâce à Bertrand Delanoë ; quand les embouteillages augmentent, c'est la faute des Verts.»